Les montagnes secrètes d’Ha Giang

Il existe un trésor caché dans le nord du Vietnam dont peu de voyageurs ne peuvent se targuer d’en connaitre les secrets. Seuls quelques explorateurs avisés et aventureux sont initiés à la découverte des villages retirés de la province d’Ha Giang. À l’extrême nord du Vietnam, à quelques kilomètres à peine de la frontière avec la Chine, cette région sensible est soumise à une réglementation particulière et l’obtention d’un permis de circuler est obligatoire pour tout étranger désireux de voyager dans la zone.

C’est un quinquagénaire rencontré dans un coin perdu du Laos, féru d’histoire et de paysages d’indochine, qui nous aura révélé l’existence de ce lieu préservé. Au fil des rencontres, certains backpackers qui reviennent du nord, nous mettent en garde contre le froid qui règne parait-il sur ces terres. Peu d’entre eux ne se sont aventurés là-haut pour cette raison. Malgré cela, nous décidons de rejoindre la ville d’Ha Giang, dès notre entrée sur le sol Vietnamien par une frontière forte en symbole : celle de Dien Bien Phu.

Après un trajet de dix-huit heures de bus, nous louons une moto pour quatre jours et partons à l’assaut de cette mystérieuse forteresse naturelle située entre ciel et terre. De loin, la verticalité de ces murailles rocheuses semble parfaite, hostile, imprenables. Les nombreux pitons de calcaire s’élancent dans le ciel et tels des dragons plongent leurs têtes dans les nuages sombres. Lorsque nous nous rapprochons, nous voyons apparaître les marques d’une balafre qui fend en diagonale le flanc de la montagne. C’est sur cette route que nous nous élançons à vive allure. Notre bolide évite les pièges et slalome entre les nids-de-poule géants.

Arrivés aux sommets, nous nous délectons des vertigineux et saisissants panoramas. Ici, une lumière dorée inonde les chatoyantes cultures en terrasse. Plus loin, au pied des falaises, des femmes aux costumes éthniques multicolores travaillent péniblement une terre aride et caillouteuse. A quelques pas, guidé par un homme au béret noir, un boeuf tracte une charrue en bois sortie d’un autre siècle. Les reliefs s’enchaînent et nous offres d’intenses émotions esthétiques.

Le frein moteur de la moto rugit tel un fauve dans les virages en lacet qui nous mènent vers le homestay où nous passerons la nuit. La famille qui nous accueille cuisine une myriade de petits plats succulents à base de bambou, de tofu et de légumes non-identifiés. Nous partageons avec eux ce repas entrecoupés fréquemment par un drôle de rituel ou l’on nous invite à boire d’un trait un alcool de maïs maison insipide et beaucoup trop fort. Mais qu’à cela ne tienne ! Il n’en faudra pas moins pour nous aider à trouver le sommeil facilement sur les planches de bois qui nous servent de matelas.

Ici, la pauvreté côtoie de près la misère. Il est particulièrement triste de croiser de nombreux petits enfants qui travaillent dans les champs et portent sur leurs dos de lourds paniers remplis de terre. Cette province est l’une des plus pauvres du pays en raison de son enclavement dans les montagnes rendant toutes activités commerciales, touristiques ou agricoles difficiles.

La prospérité ventée par les affiches de propagande communiste aux entrées des villages ne semble pas avoir trouvé d’écho dans ces montagnes.

En réalité, la seule vraie richesse de cette région c’est celle de sa vingtaine de minorités ethniques et de ses paysages à couper le souffle. Paysages, qui, il faut l’avouer, ne sont pas sans nous rappeler ceux de la célèbre baie d’Halong que nous découvrirons une poignée de jours plus tard.

3 commentaires sur “Les montagnes secrètes d’Ha Giang

  1. Coucou,
    « C’est trop beau ! dit Roby, je me verrais bien faire du bateau au milieu de ces « rochers géants. »
    Quant à moi, comme à chaque fois, je regrette de ne pas vous avoir proposé de faire partager cette merveilleuse aventure à mes élèves. Dans quelques années, quand vous poursuivrez votre superbe périple, je n’oublierai pas de vous en faire part ! 🙂
    Assis au coin du feu, on profite des superbes couleurs qui illuminent l’écran, vous nous avez semblé tout monochromes dans vos tenues de motards.
    Bisous

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