Le désert du bout du monde

Il est huit heure du matin et la fraîche température de la nuit est dissipée depuis longtemps. Nous roulons en off-road depuis trois longues heures maintenant. Il est temps de faire une pause. Les roues du 4×4 s’immobilisent brusquement dans un nuage de poussière épais.

Nous sommes quelque peu sonnés par les secousses qu’infligent les bosses du désert aux suspensions de la voiture. Lorsque la poussière retombe, nous réalisons que les paysages semi-arides peuplés de cactus ont laissé place à un hostile désert de sable. Au Sud-Est, telle une oasis, se dessinent les contours blanchis par le sel d’une lagune presque sèche.

Au loin, un vol de flamants roses passe sans toutefois réussir à rompre l’assourdissant silence. Seul un mince filet d’ombre projeté par la voiture vient contraster l’intense luminosité de ce panorama grandiose. Un détail surréaliste attire notre attention : le sol est jonché de gros coquillages qui semblent bien éloignés de leur environnement d’origine. Nous regardons avec ébahissement ces vestiges d’une lointaine époque où ce désert n’était autre qu’un océan.  Il n’y a pas de mots, pas de photographie qui puisse retranscrire l’intense émotion brut qu’impose cet endroit. La chaleur écrasante du soleil nous rappelle à la réalité du désert et nous incite bientôt à reprendre la route.

Punta Gallinas, c’est là que nous nous rendons. Il n’existe pas de point plus au Nord de l’Amérique du Sud. Nous avons pris la route deux jours plus tôt en vue de découvrir ce petit bout du monde. S’y rendre par ses propres moyens, bien que loin d’être impossible, requiert de la patience et de la débrouillardise. Mais comme le disent les colombiens à propos de ce lieu extraordinaire : « se vale la pena ».

Cette péninsule arides est le territoire des Wayuu, une nation indigène pré-colombienne ayant affirmé son autonomie malgré les nombreuses tentatives de dominations coloniales. À plusieurs reprises, notre 4×4 est arrêté par des barrages de fortune, construits par les femmes et les enfants Wayuu pour quémander quelques biens de subsistance aux rares voitures qui s’aventurent dans le désert. La pauvreté extrême est marquante sur ces terres inhospitalières. Paradoxalement, ici, il est plus facile et bon marché de trouver de la langouste que de l’eau potable.

Notre voiture marque un nouvel arrêt. Cette fois-ci, elle ne pourra pas nous emmener plus loin. L’immense désert, n’est plus qu’une fine bande de sable encerclée d’une part par la mer et d’autre part par les eaux émeraude d’une lagune. Nous empruntons une barque qui se faufile entre les racines de la mangrove pour nous mener sur l’autre rive, là où commence la presque-île de la Punta Gallinas. De l’autre côté nous attend un homme Wayuu au visage sculpté par la dureté du climat. Il nous conduit à toute vitesse, presque sans jamais regarder sa route, jusqu’aux dunes de Taroa. À cet endroit, une imposante colline de sable clair, haute de soixante mètres, se jette dans les eaux chaudes des caraïbes pour former ainsi une plage immaculé, brut et terriblement graphique.

Plus tard, notre chauffeur nous conduira vers le phare de la Punta Gallinas qui symbolise la latitude la plus septentrionales de l’Amérique du Sud (12° 27′ 30,48″ N, 71° 39′ 53,02″ O). Nous voilà au bout du monde. Nous ressentons une étrange sensation de plénitude et d’absolu.

Mais alors que le soleil se couche en embrasant le ciel de mille feux et que les alizés se mettent à souffler un vent chaud qui soulève le sable, nous rejoignons le confort rudimentaire d’une cabane pour y passer la nuit. Nous y ferons de belles rencontres : celle d’un ancien soldat des forces spéciales marocaines reconverti en aventurier et ses compagnons de voyage avec qui nous partagerons quelques provisions, une bouteille de rhum Medellin trois ans d’âge, et l’amitié d’une soirée.

Un commentaire sur “Le désert du bout du monde

  1. Une fois de plus, lire ces quelques commentaires nous permettent de rêver et nous évader (un peu …), ajouter à cela les nombreuses et belles photos et le tout est parfait ! Nous supposons que tout va bien et que vous profitez un maximum de ces dernières semaines sur le continent américain.
    Bisous à vous
    Roby et Valérie

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